DILTHEY. ACTUALITE DE LA QUESTION DE LA CAUSALITE.
LA Science n'existe pas.
Séminaire du 13 Janvier 2000, par Eduardo T. MAHIEU
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INTRODUCTION

"Comprendre et expliquer", nous pourrions faire tourner la question entièrement sur le problème de la causalité, et là nous pouvons voire comment ce problème est à la fois un des plus antiques de l'humanité, et un des plus actuels. Et puis, enjeu majeur, c'est un problème avec des conséquences immédiates sur la pratique, et sur la théorie de la pratique.

Nous pouvons illustrer la position du problème avec les dires de J. Largeault qui affirme: "Les questions des causes, de la causalité et du déterminisme offrent l'exemple d'un cas où l'épistémologie a divergé de la science qu'elle est supposée éclairer ou critiquer. Dans les temps anciens, ces trois objets étaient dévolus à la théologie. L'idéologie l'a remplacé" (21, p. 173).

Ainsi, nous pouvons justifier notre titre: La Science n'existe pas. Le discours de la science n'existe pas. Le discours qui se prétend tel, est un discours idéologique. Le discours scientifique n'a aucune unité, il n'existent que des discours scientifiques, fragmentaires, régionaux. C'est la leçon majeure de Dilthey, et qui mérite d'être retenue au-delà de ses aspects critiquables.

Le problème de la causalité, "fantôme impossible à conjurer de la pensée, critique ou pas" (16, p. 839), cristallise les rencontres entre philosophie, science et idéologie. Et n'en déplaise à certains, ce nouage est toujours bien serré. Pire, comme disait Engels "Les savants croient se libérer de la philosophie en l'ignorant ou en la vitupérant […], ils ne sont pas moins sous le joug de la philosophie, et la plupart du temps, hélas, de la plus mauvaise. Ceux qui vitupèrent le plus la philosophie sont précisément esclaves des restes vulgarisés des pires doctrines philosophiques" (9, p. 211).

Pour illustrer nos propos, voici les extraits de deux reportages dans une revue qui arbore pompeusement le qualificatif de "scientifique", mais qui est éditée par un laboratoire pharmaceutique (nous pourrions nous interroger sur leur compatibilité), et où une certaine confusion de niveaux de discours est palpable.

"Les données de pharmacoépidémiologie présentées ici, dit l'un des auteurs, indiquent une forte progression de la consommation d'antidépresseurs au cours de la dernière décennie dans les pays d'Europe occidentale. […]Les IRS, dont les ventes sont passées de 7,6 millions d'unités en 1991 à 24,2 millions en 1997, représentent maintenant 51 % des ventes d'antidépresseurs et, leur coût étant plus élevé que celui des produits plus anciens, 67 % du chiffre d'affaires", (22). Une nouvelle discipline, scientifique sans doute, la pharmacoépidémiologie parle le langage du marché.

Le deuxième auteur s’alerte "moins de la moitié des malades déprimés sont identifiés comme tels et traités" et il signale comme un progrès, par exemple en Angleterre "une large campagne auprès du grand public ("Defeat Depression") qui a permis une légère augmentation du niveau de consommation des antidépresseurs, recherchée par les autorités". Puis, il conclut "Je trouve que c'est complètement surréaliste de se dire qu'il faudrait passer par le psychiatre pour initier un traitement antidépresseur. Si j'étais un économiste, j'aurais le vertige devant une telle proposition, si j'étais un médecin généraliste je serais offensé par une telle proposition, et en qualité de spécialiste je pense devoir réserver mon temps et mon énergie aux cas difficiles de dépression" (25). Vendre plus d'antidépresseurs équivaut à mieux soigner la dépression, et celle-ci ne releve plus du psychiatre, sauf pour les "cas difficiles". Mais au delà des liens de causalité hâtivement établis entre les faits, nous pouvons nous interroger sur le surprenant accord entre l'économiste et le psychiatre… Discours scientifique ou économique?

Alors, le problème de la causalité ne doit pas être éludé. Car il ne s'agit pas de jeter la science à la poubelle pour retomber dans l'irrationnel, mais de démasquer ceux qui s'emparent de son nom pour véhiculer d'autres discours. D'ailleurs, mêmes les plus critiques à l'égard du discours de la science reconnaissent: "Je voudrais me prémunir contre l'idée qui pourrait surgir dans on ne sait quelle petite cervelle arriérée, que mes propos impliqueraient qu'on devrait freiner cette science […]. Ces conclusions, à me les imputer, seraient très justement qualifiés de réactionnaires" (19, pp. 121-122).

POSITION DU PROBLEME

L'étude de l'œuvre de Dilthey, nous offre un belvédère sur la question, tant pour saisir le passé des idées scientifiques, que pour prendre position aujourd'hui. Nous prenons quelques exemples modernes pour connaître la position du problème actuel. D'abord, celle de Eccles, Prix Nobel de Médecine en 1964 pour ses travaux ayant débouché sur la découverte des processus chimiques responsables de la propagation de l'influx nerveux, délibérément polémiques: "Il ne fait pas de doute que chaque personne humaine reconnaît sa propre unicité, et cela est accepté partout comme la base de la vie sociale et de la loi. Si nous demandons sur quoi se fonde cette croyance, la neuroscience moderne élimine toute explication en termes corporels. Restent alors deux possibilités: le cerveau et la psyché […]. Puisque les solutions matérialistes sont incapables d'expliquer notre expérience d'unicité, je me sens contraint d'attribuer l'unicité du moi (ou de l'âme) à une création spirituelle d'ordre surnaturel. Pour m'exprimer en termes théologiques: chaque âme est une création divine nouvelle implantée dans le fœtus à un moment compris entre la conception et la naissance. C'est la certitude de l'existence d'un noyau intérieur d'individualité unique qui rend nécessaire l'idée de cette "création divine". Je prétends qu'aucune autre explication ne tient" (7, p. 317, souligné par nous). Voici le problème philosophique brutalement posé: matérialisme contre idéalisme ou spiritualisme; dualisme contre monisme; déterminisme contre liberté (Note 1). Or, Dilthey avait déjà posé le problème: "De la construction du monde que nous fournissent les sciences mécanistes de la nature, il est impossible de déduire ce fait qu'est l'unité de la conscience. Si l'on imaginait les corpuscules matériels comme doués de vie psychique, on n'arriverait pas, en les combinant, à doter ce tout que forme un organisme d'une conscience qui possède un caractère d'unité. En conséquence, les sciences mécanistes de la nature sont bien obligées de considérer l'unité de l'âme comme un donnée qui s'offre immédiatement à elles, mais qui reste totalement indépendante. Certes, il n'est pas impossible qu'au-delà de ces concepts auxiliaires qu'on a formés pour connaître le monde de phénomènes, il existe une unité de la nature, unité qui explique l'origine de l'unité de notre âme. Mais des telles questions relèvent de la transcendance" (in Introduction à l'étude des sciences humaines, cité par Kremer-Marietti, 15, pp. 128-129).

Maintenant un exemple bien plus tempéré. Jean-Pol Tassin essaye de nous expliquer les différences de réactivité des groupes neuronaux aux stimuli sensoriels: "les neurones dopaminergiques ne réagissent qu'à des stimuli ayant pris une signification au cours de l'histoire de l'animal ou de l'individu […]. L'activation de neurones dopaminergiques permet donc de hiérarchiser les rôles fonctionnels des différentes structures en réponse à une stimulation ayant un sens. […] L'histoire du sujet intervient alors et les connexions avec le système limbique prennent à ce niveau toute leur importance.

[…]En résumé, les neurones dopaminergiques ascendants possèdent la triple propriété d'exacerber les fonctions des structures qu'ils innervent, d'être en interrelation par l'intermédiaire des neurones glutamatergiques et d'être activés par des stimuli ayant pris une signification au cours du développement de l'individu" (28, p. 156). "Chaque événement de la vie d'un individu peut constituer un bassin d'attracteurs composé d'un certain nombre de paramètres enregistrées par plusieurs structures corticales et sous-corticales" (28, p. 165, souligné par nous).

Voici le problème posé tout autrement. Dilthey est de retour, car nous remarquons la problématique soulevée par Tassin de la signification, du sens et de l'histoire de l'individu, trois catégories essentielles dans la pensée de l'allemand.

Mais la question est, qu'est-ce qui décide du fait qu'un événement soit significatif pour la vie d'un individu donné? Nous ne pouvons que constater la similitude de ce questionnement avec celui d'Althusser à propos des événements historiques (Note 2 ) et nous verrons qu'il y a plus d'une similitude avec celui de Dilthey où la notion de Totalité prend une importance majeure.

QUELQUES DEFINITIONS

Expliquer et décrire; sens et signification, ces concepts nous sont nécessaires pour poursuivre notre analyse de l'œuvre de Dilthey.

Expliquer

Expliquer est ramener le particulier au général. Antérieures simplifications se limitaient à réduire l'explication aux "pourquoi" en contraste avec la description en tant qu'indication du "comment".

Expliquer causalement un processus signifie pouvoir dériver par déduction de lois et conditions concomitantes une proposition qui décrit tel processus. Dans cette perspective, elle ne s'oppose pas à la description, parce que celle-ci est considérée comme faisant partie du processus explicatif (12). Pour les empiristes il faut distinguer entre explication et description parce que la première est une spéculation illégitime sur les causes dernières, et seule la dernière constitue l'authentique méthode de la science.

Nous pouvons distinguer différents types d'explication: 1) celles qui suivent le modèle déductif (comme en logique et mathématique); 2) l'explication probabilistique, où les prémisses sont insuffisantes pour garantir la vérité de ce qui doit être expliqué, mais où il est possible d'atteindre des énoncés "probables"; 3) explications fonctionnelles ou téléologiques; 4) les explications génétiques, séquence d'événements par lesquels un système se transforme en un autre.

Une ontologie est toujours nécessaire pour qu'il y ait une explication (8).

Décrire

La priorité de l'explicatif sur le descriptif, ou, comme le disent les physiciens, de l'axiomatique sur le phénoménologique remonte à Aristote, mais à la fin du XIX siècle intervient une rupture avec ce paradigme épistémologique avec un relatif renversement.

Les anciens considéraient que la description était une "définition insuffisante".. Au siècle dernier ont été explorés les caractères propres de l'opération descriptive. La description n'est pas la formulation d'un jugement par lequel on répond à la question de l'être d'un sujet, ni l'indication de son fondement ou origine logique ou ontologique, mais la pure et simple indication de ce qui apparaît dans une chose. Les tendance positivistes ont accentués l'importance d'une description, se transformant ainsi en une modalité de connaissance postulé pour toutes les sciences (12).

Dans le domaine de la logique, Bertrand Russel expose une théorie des descriptions qui conduit à la distinction des expressions définies et indéfinies.

S. Mill remarquait que déjà que les noms propres désignent un être de façon directe, tandis que les noms communs n’ont une fonction de désignation (dénotation) qu’à travers un contenu descriptif ou connotation. Cette opposition se retrouve chez Frege dans la distinction du contenu descriptif ou sens (Sinn) d’une expression, et de sa dénotation ou référence (Bedeutung) (8).

Sens

Pour la métaphysique traditionnelle, l'être était ce qui avait du sens, de façon telle que les deux concepts étaient à peu près équivalents. C'est la recherche phénoménologique qui permit de les séparer, et qui, en outre a permis de différencier les différentes significations du mot sens: sens sémantique, sens structural ou eïdétique, sens logique, sens des motivations, etc. La problématique philosophique actuelle du sens, se situe dans le champ sémantique qui associe sens et langage. La problématique sémantique du sens peut être articulé selon trois dualités majeures qui correspondent à des tentatives antinomiques de réduction de la notion.

A/ Référence et signifiance

Une tendance propre aux logicismes, positivismes et scientismes consiste à identifier le sens au référé. Le sens d'un mot est l'objet; le sens d'une proposition est le fait qu'elle représente. Idéalement il y a une liaison biunivoque entre le langage et la réalité: un signe - un objet.

De l'autre côté, le symétrique consiste à ignorer la dimension référentielle dans la constitution du sens et à rabattre celui-ci sur la pure signifiance, c'est à dire sur l'activité ou le procès ou le jeu discursif. De ce point de vue, qui coïncide avec des tentations propres aux courants herméneutiques, dialectiques, structuralistes et textualistes de la philosophie, le sens n'est qu'un ensemble de faits de discours, un produit de l'activité linguistique. Il est entièrement immanent au langage. La nature du sens est langagière, symbolique ou discursive; son origine à localiser dans le jeu infini des tensions, oppositions, associations, différences entre les signes, les mots, les phrases, les textes. Le sens peut être conçu aussi comme une synthèse de référence et de signifiance.

B/ Monologisme et dialogisme

Selon la conception monologiste, l'origine du sens est le sujet. Le monologisme s'associe facilement au référentialsme. Le point de vue dialogique souligne, par contre, qu'à la base de la production langagière du sens il y a l'interlocution: le sens et la vie du sens sont essentiellement dialogiques.

C/ Intériorité (mentalisme, idéalisme) et extériorité (fonctionnalisme).

Le sens a été souvent compris comme une entité ou un événement mental, intérieur: image, concept, idée. Cette conception subordonne le langage à la pensée dont il n'est que le "vêtement". Correspond à une attitude anti-linguistique; le sens est une réalité spirituelle autonome. Contre cette position s'affirme la conception négatrice de toute intériorité. Il n'y aurait pas de pensée pure, préalable ou indépendante du langage. Celui-ci est essentiellement production et échange de signes dans des contextes réels (8).

Signification

Pour se dégager de toute confusion psychologiste, Frege introduit sa célèbre distinction entre Sinn et Bedeutung. Une expression catégorématique exprime (ausdrückt) son Sinn, et désigne (bezichnet) sa Bedeutung.

Gardies nous propose l'exemple suivant: Aristote, Le Stagirite, Le plus célèbre élève de Platon, Le maître d’Alexandre le Grand, Le fondateur du Lycée. On peut estimer que chacun répond à un Sinn, à un contenu psychique vécu différent, alors que tous, néanmoins, se réfèrent à la même Bedeutung, à savoir l’individu qu’ils désignent. (13, p. 5-9).

UNE BREVE HISTOIRE DE LA CAUSALITE

Alors, le problème épistémologique que pose Dilthey est celui du type de causalité en œuvre dans les sciences humaines: expliquer vs comprendre.

"La nature, nous l'expliquons, la vie psychique, nous la comprenons", c’est la célèbre phrase de Dilthey avec laquelle il va tenter de fonder la distinction entre la Naturwissenchaft (Sciences de la nature) et les Geisteswissenschaften (Sciences de l’esprit). C’est opposer la nature à l’homme. C’est justement cette opposition qui fait problème: "La grande question fondamentale de toute philosophie, et spécialement de la philosophie moderne, est celle du rapport de la pensée à l’être", dit Engels (10, p. 25). Nous allons voire cette opposition à travers l’histoire de la causalité.

Les idées de cause, finalité, principe, fondement, raison, explication, et autres similaires, ont été associés entre elles, et plusieurs fois confondues, ce qui donne une polysémie du mot, à la source de bien de malentendus, comme le rappelle Mario Bunge (5).

Chez les grecs les mots Aitía et Sunaitía (responsabilité, cause) relient la notion de cause à la notion de sujet. Platon fait une distinction entre l'aitía et la sunaitía: le premier terme désigne une cause principale identifiée à la psukhè et qui produit son effet par l'action de l'intelligence, le second terme désigne une cause auxiliaire, secondaire ou concomitante qui produit son effet par l'action du hasard (8). Nous allons retrouver ce point de vue chez Engels quelques millénaires après: pour lui l’observation empirique ne pourra jamais prouver la nécessité, et il dénonce l’arbitraire qu’il y a à conclure à une relation causale en se basant seulement sur la succession de deux phénomènes. Mais, "C'est grâce à cela, grâce à l'activité de l'homme que s'établit la représentation de la causalité, l'idée qu'un mouvement est la cause d'un autre. A elle seule la succession régulière de certains phénomènes naturels peut certes engendrer l'idée de la causalité: ainsi la chaleur et la lumière qui apparaissent avec le soleil; cependant cela ne constitue pas toujours une preuve, et dans cette mesure, le scepticisme de Hume aurait raison de dire que la régularité du post hoc ne peut jamais fonder un propter hoc. Mais l'activité de l'homme est la pierre de touche de la causalité" (9, p. 232).

Chez Aristote, qui va fonder le premier paradigme sur le déterminisme et la causalité, qui va régner jusqu’à Galilée. Dans sa belle étude sur La Prudence chez Aristote, Aubenque convoque tuch et automaton pour parler de "la rencontre, non de deux séries causales, mais d'un rapport de causalité quelconque et d'un intérêt humain, ou encore la rencontre d'une série causale réelle, douée d'une certaine finalité, et d'une certaine finalité telle qu'elle pourrait être rétrospectivement reconstruite d'après le résultat" (4, p. 76).

Aristote élabore son paradigme de quatre causes, matérielle, finale, formelle et efficiente, avec une prédilection pour la cause finale, la cause par excellence. Ceci va dominer la réflexion sur la nature de la physis jusqu'à l'apparition de la mécanique, on pourrait dire avec Galilée, Newton, Descartes, Leibniz, etc. La réflexion sur la causalité proprement humaine va tomber, elle, sous le coup de la métaphysique, puis de la théologie.

Avec la mécanique, donc, les causes seront réduites à la cause efficiente et la cause matérielle, ou cause active et cause passive.

Chez Descartes, par exemple, "dans son monde à lui n'est possible qu'un type d'effets: les changements des états des parties de la matière. Et un seul type de causes: les chocs des corps les uns contre les autres" (16, p. 27).

Galilée, lui, sépare le vital du physique aussi nettement qu'il sépare les qualités secondes, données sensibles et purement subjectives, des qualités premières, propriétés mesurables de la matière" (16, p. 32). Nous verrons les conséquences qu'aura plus tard la réaction vitaliste.

Galilée et ses successeurs (26) pensent la science comme capable de découvrir la vérité globale de la nature. Non seulement la nature est écrite dans un langage mathématique déchiffrable par l'expérimentation, mais ce langage est unique; le monde est homogène, l'expérimentation locale découvre une vérité générale.

"Il fallait peut-être une "conviction métaphysique" pour transmuter le savoir des artisans, des constructeurs de machines, en un nouveau mode d'exploration rationnelle de la nature, en une nouvelle forme de cette interrogation fondamentale qui traverse toutes les civilisations et toutes les cultures" (26, pp. 51-52).

Mais, ce pari audacieux contre la tradition aristotélicienne dominante, se transforme plus tard en une affirmation dogmatique dirigée contre tous ceux - chimistes, biologistes, médecins, par exemple - qui cherchaient à faire respecter la diversité qualitative de la nature, inspirées par le vitalisme. A la fin du 19ème siècle, "l'affrontement n'était plus là; il ne se situait plus tant entre les scientifiques, désormais organisés en disciplines académiques différenciées, qu'entre "la science" et le reste de la culture, en particulier la philosophie" (26). L'opposition va se faire entre le monde objectif de la science et le Lebenswelt qui doit lui échapper, ce qui fait qu'on tombe souvent dans une philosophie de la nature (Schopenhauer, Schelling, Nietzche). Les philosophes se croient plus proches du monde créateur de la nature et pensent la comprendre beaucoup mieux. Nous pouvons évoquer ici cette image de Husserl pour qui l'oubli du monde de la vie exposerait l'humanité moderne à habiter, avec toutes ses sciences et ses efficiences, dans le monument en ruine de la philosophie, comme les bandes de singes dans le temple d'Angkor?

Nous sommes arrivés au contexte dans lequel Dilthey surgit, et qui est d'ailleurs le même que celui de Freud, puisqu'ils sont contemporains.

LE CONTEXTE DE DILTHEY: VITALISME, PHYSICALISME, POSITIVISME

Nous avions déjà signalé la réaction vitaliste face à la mécanisation de la nature. Stahl, père du vitalisme, critiquait la métaphore de l'automate (Note 3 ) parce que, à la différence du vivant, son organisation lui est imposé par le constructeur. Pour lui, le propre du vivant c'est de posséder en lui la raison et la finalité de son organisation. ""Automate" est devenu, surtout en Allemagne, un terme péjoratif: l'activité mécanique ne pose plus le problème de la nature interne ou externe de la finalité organisatrice, elle est devenue synonyme d'artifice et de mort; lui sont opposées, en un complexe pour nous familier, les notions de vie, de spontanéité, de liberté, d'esprit" (26, p. 96). La notion d'organisation en quelque sorte l'héritière de l'hylémorphisme aristotélicien, notion proche de celle de totalité, nous la retrouvons dans l'organodynamisme d'Henri Ey, ou dans le structuralisme de Lacan (lui même le rappelle le 04.06.69 "la structure est impensable sans cause finale").

En Allemagne, la science est dominé par le serment physicaliste pour qui comprendre la nature c'est la comprendre en termes mécaniques. La plupart des physiologues de la puissante école allemande (Liebig, Ludwig, Müller, Du Bois-Reymond, Virchow) apparaissent d'accord avec Helmholtz sur l'essentiel: le fonctionnement physico-chimique de l'être vivant est soumis aux mêmes lois que la matière inanimée, et doit être étudié dans les mêmes termes.

En 1842, Du Bois-Reymond énonce son serment : "Brücke et moi avions pris l'engagement solennel d'imposer cette vérité, à savoir que seules les forces physiques et chimiques à l'exclusion de toute autre, agissent dans l'organisme. Dans le cas que ces forces ne peuvent encore expliquer, il faut s'attacher à découvrir le mode spécifique ou la forme de leur action, en utilisant la méthode physico-mathématique, ou bien postuler l'existence d'autres formes équivalentes en dignité, aux forces physico-chimiques inhérentes à la matière, réductibles à la force d'attraction et répulsion" (cité par Assoun, 3). C'est la charte commune des physiciens et physiologues qui se groupent en 1845 dans la Berliner Physikalische Gesellschaft.

Dans ce contexte, deux mot clés s'imposent: l'expliquer (erklären) et le comprendre (verstehen). C'est Johann Gustav Droysen (1808-1884), l'un des rénovateurs de l'historiographie allemande du 19ème siècle) qui introduit cette distinction dès 1854. C'est en effet les historiens qui abordent les premiers la question de l'herméneutique comme spécifiant un savoir propre et qui prolongeait une tradition qui elle-même s'alimentait dans l'herméneutique théologique qui avait fleuri au début du siècle avec Schleiermacher (3, pp. 39-40).

Déjà avec Rickert et Windelband, se trouve tracée une délimitation déterminante entre "sciences de la culture" et "sciences de la nature", "sciences nomothétiques" et sciences idiographiques" (Note 4 ).

Finalement, le positivisme français et anglais avec, principalement les figures de Comte et Stuart Mill, seront les cibles des critiques de Dilthey (23). Vers 1883, au moment où Freud amorce sa pratique médicale, éclate le Methodenstreit (querelle des méthodes) concernant les oppositions de Dilthey à la fois avec les positivistes, mais aussi avec toute philosophie de la nature. Son programme est de doter d'une méthode scientifique capable de fonder l'autonomie des sciences humaines, tour à tour, des sciences de la nature et de la métaphysique et le spiritualisme.

LE FONDEMENT DES SCIENCES HISTORICO-SOCIALES SELON DILTHEY:
LE TOUT HISTORICO-SOCIAL.

Pour Dilthey, la nature humaine est ce que nous révèlent l'expérience, l'étude de la langue et l'histoire. L'expérience dont il parle n'est pas celle des empiristes "toute expérience ne trouve sa cohésion originale et, par cela même sa valeur, que dans les conditions de notre conscience, à l'intérieur de laquelle elle se produit" (15, p. 7). C'est dans ce nouvel ordre de connaissances où l'originalité spécifique de ces sciences de l'histoire et la société doit être "inventée" indépendamment, des sciences de la nature.

"Le monde ne nous est pas donné immédiatement sous forme de représentation, mais sous forme de vie et par l'intermédiaire de notre expérience qui nous donne, outre notre "unité vivante", d'autres unités vivantes et le monde extérieur ou le milieu qui est le notre. Ainsi l'expérience d'un sujet englobe l'expérience de soi-même et des objets" (15, p. 8).

Dilthey va situer dans les interstices des sciences de la nature l'objet des sciences humaines, dans l'intervalle entre la vie et les représentations de la vie, entre l'économique et les représentations de l'économie, entre le langage et les représentations du langage: le vivre, le faire et le parler ("la systématique des fonctions") déterminent le discours intercalaire des sciences humaines.

La dispersion des sciences sociales est un des problèmes que Dilthey essaye de résoudre, et dans une position assez proche de celle de Comte malgré ses critiques, il est l'un de ceux à avoir le plus insisté sur l'idée de totalité: l'historico-social forme un tout.

Ce tout se décompose en données anthropologiques, juridiques, politiques, économiques, etc..Un mouvement épistémologique sorti des sciences sociales doit aboutir à la science historique et, de celle-ci, de nouveau retourner à l'anthropologie dans la mesure où une théorie de l'homme se dégage de l'influence réciproque des sciences sociales particulières et de la science historique: la science historico-sociale, une anthropologie historique va s'édifier et ira en se développant en expliquant toujours d'avantage (15, p. 23).

La notion de totalité prend alors une importance majeure, "La pleine compréhension du détail suppose déjà celle du tout!", dit Dilthey, et ce tout est la vie. "Ce qui apparaît à Dilthey, c'est que les sciences humaines se fondent sur de faits psychiques et psychophysiques, que ce soit pour les systèmes de civilisation ou pour l'organisation sociale", dit Kremer-Marietti (15, p. 15). En saisissant cette structure, la psychologie descriptive découvre le principe de cohérence qui réunit les différentes séries psychiques en un tout: tout qui n'est autre que la vie, à la fois totalité et totalisation. Les catégories de la vie sont illimitées pour Dilthey : la cohérence, le tout et les parties, la structure, la temporalité, la signification, la significativité, la valeur, le but, la déterminité de l'existence individuelle, l'agir et le pâtir, l'évolution, la formation, l'idéal, l'essence, etc. Le monde de l'homme est toujours un monde de culture, jamais un monde de nature. Son appui sur la psychologie est un des points problématiques discutables et discutés de Dilthey: son prétendu "psychologisme".

LA METHODOLOGIE DES SCIENCES HISTORICO-SOCIALES

Dans De l'étude de l'histoire des sciences humaines, sociales et politiques (1875), Dilthey signale le degré de perfection insuffisante des sciences de l’homme par rapport aux sciences de la nature, et puis, fait essentiel, l'existence de causes compliquées dans leur détermination: "Dans les sciences dont l'objet est plus complexe les méthodes rigoureuses ne sont donc employées que tardivement, une fois qu'elles règnent dans les sciences plus simples". Nous retrouvons ici le passage épistémologique du simple au complexe pratiqué dans la hiérarchie des sciences telle que Comte l'a conçue, mais à différence de celui-ci Dilthey va procéder à l'opposée de la réduction positiviste.

Ce à quoi il faut viser, ce n'est autre que "la connaissance su système des relations causales qui constituent en un tout les faits exactement constatés de l'histoire des sciences morales et politiques". Pour Dilthey il est essentiel de situer le sujet connaissant par rapport à l'ensemble des faits moraux et juridiques, économiques et politiques, historiques et sociaux qui font l'objet de ce groupe de sciences. Cause et sujet vont de pair dans cette histoire des sciences de l’homme. Il est à signaler la ressemblance de ces positions avec celles de grecs, celles d'Engels ou bien celles très actuelles concernant la mécanique quantique. (Note 5 )

PSYCHOLOGIE DESCRIPTIVE, L'ERLEBNISS.

Dilthey va s'opposer à la psychologie explicative, qui reprend la méthodologie des sciences naturelles. Dans Introduction à l'étude des sciences sociales il s'explique: "Ainsi la psychologie explicative commença par subordonner les faits spirituels à l'ordre mécanique de la nature et ce geste a eu des conséquences qui se font sentir aujourd'hui encore. C'est sur deux théorèmes que se fondait cet essai d'une théorie mécaniste de la vie spirituelle. Les représentations, qui sont le résidu des impressions sensorielles, sont traités comme des grandeurs fixes qui peuvent entrer dans des combinaisons toujours nouvelles mais restent toujours identiques à elles-mêmes au sein de ces combinaisons. On dresse des lois de leur comportement réciproque et le problème va consister à déduire ces lois les faits psychiques que sont les perceptions, l'imagination, d'autres encore…. Un tel procédé rend possible une sorte d'atomisme psychique" (cité par Kremer-Marietti, 15, p. 10). Herbart, les associationnistes anglais, l'atomisme psychologique sont visés ici, en même temps que le problème de la quantification en psychologie..

Dans ce même texte il va souligner l'impossibilité de garder la cohérence en la matière sans faire intervenir le sujet. "Les lois selon lesquelles les représentations se reproduisent indiquent bien les conditions selon lesquelles la vie psychique se déroule, mais il est impossible de déduire de ces processus qui forment l'arrière plan de notre vie psychique une décision ou un acte de volition".

Dilthey fonde alors la Psychologie descriptive pour aborder cette catégorie de la vie, et de son rapport avec la conscience: "Le sens de la vie réside dans sa structure (Gestaltung) et dans son développement. A partir de là se détermine la signification propre et personnelle des moments de la vie. Chaque vie a un sens qui lui est propre. Il réside dans un ensemble ordonné de signification (Bedeutungszusammenhang), au sein duquel chaque moment remémoré possède sa valeur propre; en même temps que, dans la mémoire globale, il entretien une relation avec le sens de l'ensemble. Ce sens de l'existence individuelle est tout à fait singulier, irréductible à une connaissance claire. Il représente à sa manière, comme une monade leibnizienne, tout l'univers historique (das Geschichtliche Universum)" Erleben, Ausdruck und Verstehen, (cité par Gusdorf, 14, p. 290).

L'accent est mis sur le sentiment vécu, c'est dire l'importance que prend le concept de erlebniss dans la pensée de Dilthey (Note 6 ). C'est à ce niveau que "la nature particulière des relations causales qui existent entre les divers motifs à l'intérieur de l'individu" constitue le problème fondamental, "puis, sur un plan supérieur, entre les individus ou les complexes de forces dans la société et l'histoire". (15, pp. 30-37).

La spécificité des sciences de l'esprit - telles l'histoire, la psychologie, la philologie, mais aussi la philosophie - tient à la façon dont elles doivent assumer la situation interprétative dans laquelle elles se trouvent placées, selon une nécessité d'essence, par le fait que "la vie est déjà elle-même sa propre interprétation", la "compréhension" (Das Verstehen) de la "vie de l'esprit" (Geistleben, Seelenleben) exige d'elle une démarche herméneutique - celle d'une "explicitation" (Deutung) et d'une "interprétation" (Auslegung). A la différence des phénomènes physiques, qui relèvent d'une "explication" (Erklärung), la "vie de l'esprit" s'inscrit dans la circularité du cercle herméneutique parce qu'en elle un sens préalable et implicite s'offre à une démarche interprétative et "compréhensive" qui en ait déjà en quelque mesure entendu le sens (8).

Alors ce n’est pas la méthode explicative de sciences naturelles qui permet de saisir cette question, mais la compréhension du sens, l'exégèse du sens, tel qu’elle a été pratiqué pendant des siècles à la lecture des saintes écritures.

HERMENEUTIQUE ET CERCLE HERMENEUTIQUE

"La compréhension ne dévient une exégèse susceptible d'avoir une validité générale qu'en ce qui concerne les monuments littéraires. […] Mais outre cette utilité pratique pour l'interprétation même, l'herméneutique me semble avoir un second rôle, qui est son rôle essentiel: établir théoriquement, contre l'intrusion constante de l'arbitraire romantique et du subjectivisme sceptique dans le domaine de l'histoire, la validité universelle de l'interprétation, base de toute certitude historique. Intégrée dans l'ensemble que forment la gnoséologie, la logique et la méthodologie des sciences morales, l'herméneutique constitue un intermédiaire important entre la philosophie et les sciences historiques et une base essentielle des sciences de l'esprit" (cité par Kremer-Marietti, 15, p. 149).

Parmi les nombreuses figures de l’herméneutique, Schleiermacher occupe un place d’importance dans la pensée de Dilthey. Comme dit Gusdorf "La biographie de Schleiermacher fait partie de la biographie de Dilthey; une longue communauté de vie a lié l'historien et le penseur religieux, depuis le printemps de 1859 où le jeune Dilthey, âgé de 26 ans, décide de rédiger un mémoire sur […] sur l'herméneutique de Scleiermacher […]. L'herméneutique de Dilthey ne se comprend qu'à partir de l'herméneutique de Schleiermacher" (14, p. 290).

Mais qu’est-ce que signifie herméneutique (en grec ermeneia)? D’abord signifie expression d’une pensée, mais déjà Platon élargit sa signification à l’explication ou interprétation de la pensée. Elle signifie l’art ou la science d’interpréter las Saintes Ecritures.

C’est une interprétation basée dans une connaissance préalable des données (historiques, philosophiques, etc.) de la réalité qu’il s’agit de comprendre, mais qui, à la fois, donne sens aux données par un processus inévitablement circulaire.

La notion de cercle herméneutique nous la retrouvons chez Schleiermacher qui l’explore à partir de l'exégèse biblique. L’intérêt de cette méthodologie est de dépasser les difficultés qu’on rencontre pour l’interprétation des textes sacrés ou profanes.

La première circularité consiste en ce que l'interprétation des parties du texte engage la compréhension du tout, et réciproquement l'interprétation de la totalité celle des parties. La seconde consiste en ce que la notion de genre littéraire engage dans la compréhension même l'interprétation des œuvres qui lui appartiennent, et en ce que réciproquement, la compréhension d'œuvres singulières présuppose une compréhension du genre auquel elles ressortissent. La troisième circularité dans laquelle s'inscrit l'interprétation d'un texte consiste en ce que la compréhension de l'œuvre semble présupposer une compréhension de la tournure d'esprit et d'évolution de la pensée de l'auteur (la mens auctoris), alors même que, réciproquement, la mens auctoris ne saurait être entendue qu'à la lumière de la compréhension préalable des œuvres, qu'elle présuppose. S'agit-il certainement d'un figure nouvelle de l'antique opposition entre "l'esprit" et "la lettre". Ce phénomène de circularité de la compréhension et de l'interprétation affecte enfin toute la méthodologie des sciences philologiques et historiques, dans la mesure où le sens d'un événement historique suppose l'entente d'une situation historique, générale et particulière, dont le sens est toujours déjà engagé dans l'événement en question, et où l'événement présent même ne prend jamais sens qu'à la lumière d'une compréhension du passé et d'un certain sens de l'à-venir (8).

LA WELTANSCHAUUNG

Une des idées fondamentales de Dilthey est que la "structure psychique" est la résultante de l'action respective et réciproque du vivant et du milieu social en général, économique et historique, dans lequel évolue l'individu. Du point de vue d'une psychologie compréhensive et non plus explicative, la notion de Weltanschauung est essentielle.

Ce concept a été élevé à celui de catégorie philosophique par Dilthey. Freud s'en servit pour fixer la position de la psychanalyse au sein des sciences, s'opposant à Dilthey, sans qu'il soit cité, dans Sur une Weltanschauung, une des Nouvelles Conférences de 1932.

Le mot est utilisé pour la première fois chez E. Kant mais avec un autre sens. Le concept désigne le type d'attitude fondamentale dirigée vers la totalité du réel dans sa relation au principe d'explication et à l'homme même agent de la "vision", de façon que cette attitude détermine la position spirituelle relative à la vie, à l'action et aux valeurs. Le réel vient ainsi à être représenté comme totalité organique (8).

Tandis que chez Schleiermacher le mot est extrêmement rare, il devient un concept clef dans la philosophie de Dilthey, pour qui la Weltanschauung n'est pas seulement un produit de notre volonté de connaître, mais aussi du "comportement vital, de l'expérience de vie, de la structure de notre totalité psychique". Dilthey en différencie trois types principaux ("L'essence de la philosophie", 1907): le naturalisme ou matérialisme, basé sur une épistémologie sensualiste, une métaphysique mécaniste et une éthique hédoniste, ligne qui passe par Démocrite, Lucrèce, Epicure, Hobbes, les Encyclopédistes, le matérialisme moderne, Comte et Avenarius. L'idéalisme de la liberté, qui, partant des "faits de la conscience", reconnaît une métaphysique du suprasensible et un inconditionné comme la plus haute valeur, dont les exemples seraient Platon, la réfelexion latine et héllenistique sur la vie, dont Cicérone est le représentant, la spéculation chrétienne, Kant, Fichte, Maine de Biran, etc. Finalement l'idéalisme objectif, qui comprend l'univers comme totalité singulière dans laquelle chaque partie est déterminée par le contexte idéal de signification de la totalité, d'où toute dissonance de la vie serait dépassée dans une harmonie universelle, ayant comme représentants Héraclite, le stoïcisme, Spinoza, Leibniz, Goethe, Schelling, Schleiermacher, Hegel, etc.

Pour Dilthey le dépassement des Weltanschauungen contradictoires entre elles devient l'une des tâches principales de la philosophie: la réflexion philosophique grâce à la conscience historique doit reconduire les Weltanschauungen à leur origine dans la vie (8).

La Weltanschauung a des racines matérielles et empiriques, et qui sont la "personnalité, les circonstances, la nationalité, l'époque"; autrement dit, des éléments bio-psychologiques, sociologiques, historiques, économiques vont jouer dans la constitution de la Weltanschauung, qui s'exprimera selon les moyens du bord que lui offrent conjointement l'époque et la culture d'un homme dans cette époque: l'infinité des possibilités de formation de la "structure psychique", d'une part, et d'autre part, l'état momentané de la culture scientifique.

L'origine corporelle qu'attribue Dilthey à la Weltanschauung, en se basant sur les travaux de Kussmaul, chez les nouveaux nés, et de Goldscheider, pour les travaux musculaires, suffiraient pour certains, dont Kremer-Marietti, pour exclure la critique de "spiritualisme" à l'endroit des recherches morales de Dilthey.

WIRKUNGSZUSAMMENHANG

Le concept de Wirkungszusammenhang est aux groupes sociaux, ce que la Weltanschauung est à la philosophie. L'individu vivant en tant que vivant est à l'origine de cette structure de l'ensemble dynamique, complexe de relations humaines, et qui est, comme l'écrit Raymond Aron, "l'unité interne d'une multiplicité de rapports vitaux".

Le concept de Wirkungszusammenhang, qui désigne la dynamique de la vie historico-sociale aussi bien que la dynamique de la vie psychique individuelle, s'oppose à un autre terme, mais celui-là propre à l'explication causale des sciences de la nature et qui est Kausalzusammenhang, concept désignant la causalité physique. Entre un ensemble d'influences et un ensemble causal, la différence est telle que par elle se révèle le caractère fondamental des sciences humaines.

COMPRENDRE ET EXPLIQUER

C'est donc entre comprendre et expliquer que Dilthey fonde la scientificité des Sciences de l'Esprit. Si l'on veut traduire cette opposition dans une opposition bergsonienne connue, il est possible de retrouver dans l'explication le travail de l'intelligence et dans la compréhension celui de l'intuition. Mais Dilthey se démarque de Bergson car celui-ci insiste sur l'opposition de l'intuition à l'analyse, tandis que Dilthey unit compréhension et analyse, puisque cette compréhension est analytique, préparant justement par l'analyse les développements ultérieurs de la phénoménologie.

"Nous appelons compréhension Verstehen, écrit Dilthey, le processus par lequel nous connaissons un "intérieur" à l'aide de signes perçus de l'extérieur par nos sens" (cité par Kremer-Marietti, 15, p. 66). A partir de signes manifestes, connaître le psychique, c'est-à-dire un sens qui fut conscient ou qui l'est encore à certains, c'est cela qui est comprendre. L'art de comprendre n'est autre que l'exégèse ou l'interprétation: l'herméneutique, "art d'interpréter des monuments écrits"".

Mais l'interprétation aboutit nécessairement à l'explication. Pas incompatibilité foncière entre sciences descriptives et sciences explicatives, dans la mesure du moins où est prise en considération privilégiée la compréhension par rapport à l'explication: "Entre l'interprétation et l'explication, il n'y a pas de limite bien arrêtée, mais seulement une différence graduelle". Graduellement, dans les sciences sociales, la compréhension débouche sur l'explication: il y a explication dès que l'on accède, du niveau de la vie, au système abstrait".

Trois catégories entrent donc en jeu, et il ne faudrait pas les confondre: la signification (Bedeutung), l'expérience vécue (Erlenbins) et la compréhension (Verstehen). La première est la relation signifiante à un tout qui la situe et la définit; la seconde ne doit pas être confondue avec la notion de "contenu de conscience", elle est l'acte d'intention consciente, c'est une direction consciente de notre subjectivité vers un quelconque objet; le troisième est la méthode propre à l'histoire qui doit, mieux encore que la psychologie, fonder les sciences humaines et sociales.

POSTERITE DE DILTHEY

Il est aisé de voir après ce bref parcours de la pensée de Dilhey, quelle a été sa postérité. Les grand débats de ce siècle, dans notre champ, se font dans son ombre. Nous avons déjà signalé la position de Freud (résolument contre). Lacan, lui par contre, a une dette avec Dilthey, peut être à travers Jaspers. Miller (24), qui propose une périodisation de la pensée de Lacan met en tension un Lacan phénoménologue jusqu'en 1953 (bien qu'en plein milieu du Discours de Rome on trouve l'expression "exégèse du sens" comme une des activités propres à la psychanalyse). Mais cette surprenante citation retrouvée par nos amis Stagnaro et Wintrebert (27) dans la revue Psicoterapia publiée à Córdoba en 1936 dans la plume de Pizarro Crespo, illustre bien cette dette: "les bases des relations psychologiques de compréhension que Dilthey et Jaspers ont apporté, et que Jacques Lacan a limitées avec un art mesuré".

En 1956, Lacan s'interroge "Dans quelle mesure devons-nous nous rapprocher des idéaux des sciences de la nature, j'entends telles qu'elles se sont développés pour nous, soit la physique à laquelle nous avons affaire? Et bien, c'est par rapport à ces définitions du signifiant et de la structure que peut se tracer la frontière qui convient" (18, p. 208). C'est le tournant. Le structuralisme cherche la spécificité des sciences humaines dans la rigueur de la linguistique moderne "La réflexion épistémologique dans le domaine des sciences humaines est tributaire des mutations en cours dans les sciences "dures", et sur ce plan on constate la même inflexion formaliste" (6).

La notion d'Henri Ey de "écart organo-clinique", nous permet de pointer en quoi lui aussi se situe dans la postérité de Dilthey: "Nous appelons ainsi cette marge d'indétermination, d'élasticité qui s'interpose entre l'action directe et déficitaire des processus encéphalitiques ou plus généralement somatiques et leur expression clinique. Ceci situe notre position aux antipodes de l'explicitation mécaniciste et constitue le fondement de notre organicisme essentiellement dynamique en ce qu'il suppose un ensemble de réactions, de mouvements évolutifs, conditionnés certes par le mécanisme de dissolution mais qui mettent en jeu également la "dynamique" des instances psychiques subsistantes" (11, p. 168).

Alors, si comme le dit Lantéri-Laura : "l'astronomie et la physique théorique, […] constituent incontestablement depuis des siècles, dans la culture occidentale, des modèles des sciences incontestées" (20, p. 41), ce qui reste vrai, mais contestable puisque après les révolutions de la thermodynamique, de la théorie de la relativité et la mécanique quantique qui ont ruiné la prétention du réductionnisme mécanique de se constituer en la seule légalité possible, aucune unité ne peut être retrouvée dans entre le discours de l'astrophysique et celui de la mécanique quantique, par exemple. Par quel étrange paradoxe au moment où les sciences "dures" reprennent beaucoup de concepts propres aux sciences humaines (Note 7 ), notre champ se voit déposséder de sa spécificité capable d'apporter d'authentiques nouveautés aux sciences en général, pour voir régner un réductionnisme très profitable aux laboratoires pharmaceutiques, et assez peu pour nos patients?.

Quelle actualité sur Dilthey jettent ces phrases de Prigogyne et Stengers: "Aujourd'hui, en effet, les sciences dites "exactes" ont pour tâche de sortir des laboratoires où elles ont peu à peu appris la nécessité de résister à la fascination d'une quête de la vérité générale de la nature. Les situations idéalisées, elles le savent désormais, ne leur livreront pas de clef universelle, elles doivent donc redevenir enfin "sciences de la nature", confrontées à la richesse multiple qu'elle se sont longtemps donné le droit d'oublier. Dès lors se posera pour elles le problème à propos duquel certains ont voulu asseoir la singularité des sciences humaines - que ce soit pour les élever ou pour les abaisser -, le dialogue nécessaire avec des savoirs préexistants au sujet de situations familières à chacun. Pas plus que les sciences de la société, les sciences de la nature ne pourront plus, alors, oublier l'enracinement social et historique que suppose la familiarité nécessaire à la modélisation théorique d'une situation concrète […].

Ainsi la science s'affirme aujourd'hui science humaine, science faite par des hommes pour des hommes" (26, pp. 280-281).

Le débat entre la causalité dans l'homme et la causalité dans la nature, entre les sciences de l'homme et les sciences de la nature est plus vivant que jamais, les liens entre ces deux hémisphères, selon une expression chère à Dilthey, étant de l'ordre de l'interpénétration dialectique et non rapport d'incube à succube. Nous ne souhaitons pas alors qu'un discours réductionniste, le discours de "LA Science", celle qui n'existe pas, ne vienne dessécher notre champ, sans quoi ce seront bientôt les psychiatres, qui comme le vaticinait Husserl, comme des singes se promèneront à Dysneyland (Note 8 ) faute de pouvoir aller jusqu'aux ruines d'Angkor.

ANNEXE

Eléments biographiques
1833 19 novembre. Naissance de Wilhelm Dilthey au presbytère de Biebrich-Mosbach.
1853 Suit les cours de Trendelemburg et Ranke à l'Université de Brelin.
1857 Collaboration à des publications théologiques.
1858 Dilthey aide à l'édition des lettres de Schleiremacher.
1864 Thèse d'habilitation soumise à la Faculté de philosophie de Berlin: Essai d'analyse de la conscience morale (De principiis ethices Schleiermacher).
1867-70 Leben Schleiermachers
1875 De l'étude de l'histoire des sciences humaines, sociales et politiques.
1883 Dilthey occupe la chaire de Hegel à l'Université de Berlin.
1890 De notre croyance à la réalité du monde extérieur.
1900 Origine et développement de l'herméneutique.
1911 "Die type der Weltanschauungen und ihre Ausbildeung in den metaphysischen Systemen". Mort de Dilthey le 1er Octobre.

BIBLIOGRAPHIE DE DILTHEY (extrait de L'Encyclopedia Universalis)

Œuvres de Dilthey
Gesammelte Werke, 20 volumes, Vandehoeck & Ruprecht, 1914-1990.
Introduction à l'étude des sciences humaines, Trad. L. Sauzin, P.U.F., 1942.
Théorie des conceptions du monde, Trad. L. Sauzin, Aubier, 1946.
Le Monde de l'esprit, trad. M. Rémy, 2 vol., Aubier, 1947.
L'édification du monde historique dans les sciences, trad. S. Mesure, Cerf, 1988.

Etudes sur Dilthey
R. Aron, La Philosophie critique de l'histoire, Vrin, 1938.
J.F. Suter Philosophie et histoire chez Dilthey, Bâle, 1960.
A. Kremer Marietti, Wilhelm Dilthey et l'Anthropologie Historique, Collection Philosophes de Tous les Temps, Editions Seghers, 1971.
S. Mesure, Dilthey et la fondation des sciences historiques, Presses Universitaires de France, 1990.


BIBLIOGRAPHIE

1) Althusser (L.), Contradiction et Surdétermination, in Pour Marx, Maspéro.

2) Althusser (L.), Sur la Dialectique matérialiste, in Pour Marx, Maspéro.

3) Assoun (P.L.), Introduction à l'épistémologie freudienne, Payot, 1981.

4) Aubenque (P.), La Prudence chez Aristote, Quadrige, Presses Universitaires de France, 1997.

5) Bunge (M.), Causality and Modern Science, Third Revised Edition, Dover Publications, Inc., New York, 1979.

6) Dosse (F.), Histoire du structuralisme, Livre de Poche, Biblio Essais, 1992.

7) Eccles (J.), Evolution du cerveau et création de la conscience (1989), Champs Flammarion, 1994.

8) Encyclopédie Philosophique Universelle, Les Notions Philosophiques, Presses Universitaires de France, 1990.

9) Engels (F.), Dialectique de la nature, Editions Sociales, 1975.

10) Engels (F.), Ludwig Feuerbach, Editions Sociales, 1966.

11) Ey (H.) Etudes Psychiatriques, Tomme I, Desclée de Brouwer, 1948.

12) Ferrater-Mora (J.), Diccionario de Filosofía Abreviado, Editorial Sudamericana, 1983.

13) Gardies, (J.), Sur l’anti-psychologisme des logiciens, Ornicar?, N° 36, 1986.

14) Gusdorf (G.), Les origines de l'herméneutique, Payot, 1988.

15) Kremer-Marietti, (A.), Wilhelm Dilthey et l'Anthropologie Historique, Collection Philosophes de Tous les Temps, Editions Seghers, 1971.

16) Krysztof (P.), Le Déterminisme: histoire d'une problématique, in La Querelle du déterminisme, Philosophie de la Science d'aujourd'hui, Le Débat, Gallimard, 1990.

17) Lacan (J.), Position de l'inconscient, in Ecrits, Seuil, 1966.

18) Lacan (J.), Le Séminaire, Livre III, Les Psychoses, Seuil, 1981.

19) Lacan (J.), Le Séminaire, Livre XVII, L'envers de la psychanalyse, Seuil, 1991.

20) Lantéri-Laura (G.), Essai sur les paradigmes de la psychiatrie moderne, Editions du Temps, 1998

21) Largeault (J.), Causes, causalité, déterminisme, in La Querelle du déterminisme, Philosophie de la Science d'aujourd'hui, Le Débat, Gallimard, 1990.

22) Lempérière (Th.), Rencontre avec l'expert, La Lettre du PRID, 1999.

23) Mesure (S.), Dilthey et la fondation des sciences historiques, Presses Universitaires de France, 1990.

24) Miller (J. A.), Cause et Consentement, Séminaire de 1988, Université Paris VIII, inédit.

25) Olié (J.) Interview, La Lettre du PRID, 1999.

26) Prigogyne (I.), Stengers (I.), La Nouvelle Alliance, Métamorphose de la Science, Editions Gallimard, 1979.

27) Stagnaro (J.), Wintrebert (D.), L’Argentine in, Nouvelle Histoire de la Psychiatrie, sous la direction de J. Postel et Cl. Quetel.

28) Tassin (J.P.), Schizophrénie et neurotransmission, Masson, 1995.


NOTES
 


1) Cette caricature nous permet aisément de réduire la portée du faux problème de l'opposition monisme-dualisme. Si l'on oppose le naturel au surnaturel, la position scientifique doit être résolument moniste: seul le naturel existe (monisme ontologique). C'était la position des matérialistes des Lumières (Holbach, d’Alembert, La Mettrie, etc.) qui prenaient le parti de la causalité mécanique contre toute explication métaphysique, théologique de l'homme. Par contre, l'opposition perd complètement son caractère scientifique s'il s'agit d'opposer un monisme mécaniciste aux autres catégories de la causalité (monisme méthodologique). Cette position réunit des auteurs aussi différents que Bunge et Althusser. "Désormais, il n’est plus question de choisir un type de détermination en détriment des autres, en décrétant que la catégorie choisie régnera sans disputes dans tous les secteurs de la réalité; comme dans toute solution moniste, elle est trop simple pour être adéquate. Malgré les philosophies dogmatiques, l’examen philosophique de la science moderne nous demande de nous rendre compte qu’un riche assortissement de types de production légale, ou détermination, est employé actuellement dans la description et l’explication du monde, que toutes ont leur contrepartie ontologique, quoique non nécessairement dans le même secteur de la réalité, ou avec la même extension dans tous les secteurs" (Bunge (M.), Causality and Modern Science, Third Revised Edition, Dover Publications, Inc., New York, 1979.p. 21). Althusser de son côté traitait le monisme de "concept idéologique étranger" au matérialisme dialectique" (Althusser (L.), Sur la Dialectique matérialiste, in Pour Marx, Maspéro, pp. 207-208).
 


2) "Les volontés individuelles produisent donc des événements historiques! Mais quand on y regarde de près, on peut à l'extrême rigueur admettre que le schéma nous donne la possibilité de l'événement (des hommes s'affrontent: il se passe toujours quelque chose, ou rien, qui est aussi un événement: attendre Godot), mais absolument pas la possibilité de l'événement historique, absolument pas la raison qui distingue de l'infinité des choses qui adviennent aux hommes dans leurs jours et leurs nuits, anonymes à force d'être singulières, l'événement historique comme tel. […] Jamais […] on ne rendra compte d'un événement historique, - et même en invoquant la vertu de cette loi qui fait muer la quantité en qualité - si on prétend l'engendrer de la possibilité (indéfinie) de l'événement non-historique. Ce qui fait que tel événement est historique, ce n'est pas qu'il soit un événement, c'est justement son insertion dans les formes elles-mêmes historiques, dans les formes de l'historique comme tel (les formes de la structure et de la superstructure), [...] des formes parfaitement définissables et connaissables (connaissables [...] par des disciplines scientifiques empiriques c'est-à-dire non-philosophiques). Un événement qui tombe sous ces formes, qui a de quoi tomber sous ces formes, qui est un contenu possibles pour ces formes, qui les affecte, qui les concerne, les renforce ou les ébranle, qui les provoque ou qu'elles provoquent, voire choisissent ou sélectionnent, voilà un événement historique. Ce sont donc ces formes qui commandent tout, qui détiennent par avance la solution au faux problème que se pose Engels" (Althusser (L.), Contradiction et Surdétermination, in Pour Marx, Maspéro, p. 126).
 
 
 
 


 
 
 

3) Rappelons-nous de la querelle entre Lacan et Ey en 1946, où l'accusation mutuelle de fabricants d'automates fût échangée.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 

4) "Cette dernière appellation traduit le sens de l'opposition épistémologique de la démarche naturaliste, qui s'efforce de ramener le devenir à des lois universelles qui servent à subsumer le particulier sous l'universel (ce pourquoi Windelband les baptise "nomothétiques"); et de la démarche culturaliste, qui saisit l'objet dan son idiosyncrasie individuelle, en tant que singularité immergée dans l'histoire et le devenir. Dans le premier cas, il faut dissoudre le particulier dans le général; dans le second il s'agit de transcrire l'individuel, sans le dissoudre dans quelque médiation conceptuelle - ce pourquoi elle est dite idiographique" (Assoun (P.L.), Introduction à l'épistémologie freudienne, Payot, 1981, p. 41).
 
 
 
 
 


 

5) "Le fait que la relativité se fonde sur une contrainte qui ne vaut que pour des observateurs physiques, pour des êtres qui ne peuvent être qu'en un seul endroit à la fois et non partout simultanément, fait de cette discipline un physique humaine - ce qui ne veut pas dire une physique subjective, produit de nos préférences et de nos convictions, mais une physique soumise aux contraintes intrinsèques qui nous identifient comme appartenant au monde physique que nous décrivons" (Prigogyne (I.), Stengers (I.), La Nouvelle Alliance, Métamorphose de la Science, Editions Gallimard, 1979, p. 222).
 
 
 
 
 


 

6) Erlebnis: Le terme allemand Erlebnis est un substantif apparenté au verbe erleben qui, au sens large, s'applique à tout conscience dans son procès empirique lié à la réception du "vécu". Tandis que le verbe français "éprouver" (un sentiment, une émotion, une impression) traduit le verbe erleben, il est plus difficile de retrouver l'équivalent français du substantif Erlebnis qui se comprend comme traduit par l'expression "expérience vécue".[…] Les animaux tout comme les plantes vivent (leben) sans prendre conscience de la vie dont ils ont l'expérience. La contiguïté des termes Leben et Erlebnis se différencie par le préfixe er, qui ici renvoie à la capacité réflexive et judicative de l'homme faisant le compte de ses expériences pour en tirer une vue d'ensemble dans la totalité de l'âme. Aussi Erlebnis implique-t-il l'unité, la plénitude, et la profondeur de cette expérience qui est invoquée. A travers ce terme est connoté également le monde des valeurs et du sens, véhiculé dans les objets concrètement vécus de la spiritualité et de l'art en particulier. (Encyclopédie Philosophique Universelle, Les Notions Philosophiques, Presses Universitaires de France, 1990).
 
 


 
 
 

7) "Nous sommes amenés à employer, pour décrire de façon consistante les systèmes physico-chimiques les plus simples, un complexe de notions qui, jusqu'ici, semblai réservé aux phénomènes biologiques, sociaux et culturels: les notions d'histoire, de structure et d'activité fonctionnelle s'imposent en même temps pour décrire l'ordre par fluctuation, l'ordre dont le non-equilibre constitue la source" (Prigogyne (I.), Stengers (I.), La Nouvelle Alliance, Métamorphose de la Science, Editions Gallimard, 1979, p. 169).
 
 
 
 
 
 
 

8) Il faut bien rappeler ici, qu'un laboratoire prépare une grande rencontre sur le thème "La Schizophrénie Demain" au… Parc d'Attractions Dysneyland!
 
 
 
 
 
 

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